Le Concept éolien neuchâtelois 2009

L’éolien en réponse au gaspillage?

Les chiffres qui exigent un moratoire

Les participants à l’assemblée annuelle 2009 de l’Association des Amis du Mont-Racine réunis à fin juin ont exprimé leur profonde inquiétude face aux projets d’implantation de nombreuses éoliennes industrielles monstrueuses sur les crêtes officiellement protégées du Jura neuchâtelois. Ils sont également de plus en plus préoccupés par la manipulation de l’opinion exercée par certains milieux. En conséquence, ils demandent à nos autorités de respecter une période de réflexion sur la situation actuelle, loin de tout fanatisme.

Le débat politique demandé par notre association depuis 2007 n’a toujours pas eu lieu. Pendant ce temps, il se trouve des lobbies éoliens suisses et européens pour acheter à coups de milliers de francs l’accord des propriétaires de terrains neuchâtelois bien ventés (CHF 5000.- par personne pour Alpine Wind Ltd, versés au lendemain de la signature). Ils assortissent ces contrats de promesses de rétributions annuelles de CHF 15’000 par an (1)… On est en train de passer rapidement d’une « Wind Attitude » à une « Win Attitude », sans égard pour notre patrimoine paysager et notre environnement et loin de toute la transparence que réclament impérativement de tels projets.

D’autre part, la panique engendrée par l’augmentation de notre consommation électrique (la Suisse est l’un des plus gros consommateurs européens par habitant) et la perspective de nouvelles centrales nucléaires ou thermiques poussent certains de nos concitoyens à voir dans l’éolien un remède écologique séduisant à notre surconsommation anarchique.

Erreur de perspective

C’est une erreur de perspective, ces chiffres l’attestent:

L’augmentation annuelle moyenne de la consommation électrique a été de 1 % au cours des 20 dernières années dans notre pays (2). On devrait construire chaque année sur nos montagnes aux vents moyens et irréguliers plus de 200 éoliennes industrielles pour la compenser… Les 343 projets éoliens annoncés actuellement à Swissgrid, en majorité dans la région jurassienne, n’assureraient que le 1,75 % de la consommation annuelle dans la Suisse d’aujourd’hui(3). Les jours de conditions climatiques maximales, il faudrait 2750 éoliennes industrielles pour remplacer la Centrale nucléaire de Leibstadt (14 % de notre consommation (2).

Il est troublant de constater que les informations transmises au sujet de cette nouvelle industrie sont souvent trompeuses : photos de petites éoliennes habilement prises, production exprimée en ménages, alors que dans la Suisse de 2009 un ménage ne représente pas quatre personnes comme on le croit souvent mais à peine plus de deux(4). Par conséquent, une « petite » éolienne de 100 mètres de haut, comme celles qui sont promises à défigurer le Crêt-Meuron, produit l’électricité consommée annuellement par 750 personnes seulement. Donnée supplémentaire : les ménages, qui servent aujourd’hui d’unité de mesure à l’industrie éolienne, ne représentent qu’un tiers de la consommation totale d’électricité.

Est-ce vraiment le moment de détruire une bonne partie de nos paysages protégés au nom d’une source d’énergie plus que problématique ?

  1. Selon la SAFE le potentiel global des économies d’énergie était de 32 % en Suisse en 2007(5). Nous sommes en droit d’attendre un débat et une promotion de ces économies, très possibles sur le long terme.
  2. A notre connaissance, il n’est malheureusement pas encore question de démanteler nos centrales nucléaires (39 % de notre production(2).
  3. Nous continuons à produire bon an mal an autant d’électricité que nous en consommons, dont 56 % grâce à l’énergie hydraulique déjà en fonction(2).

Neuchâtel : Un canton pionnier dans la protection du patrimoine naturel

Le canton de Neuchâtel a été un pionnier admiré en Suisse pour la protection de ses sites naturels et de ses crêtes en particulier (Décret de mars 1966 après une Initiative cantonale). Dans la suite de cette démarche, nous estimons maintenant indispensable un moratoire sur l’énergie éolienne dans le canton de Neuchâtel, c’est notre devoir de citoyen et notre responsabilité : les générations suivantes auront besoin autant que nous des derniers paysages libres de notre canton.

Les éoliennes industrielles prévues culminent actuellement à 140 mètres de haut (près de la moitié de la hauteur de la Tour Eiffel, la hauteur d’un immeuble de 40 étages…). Elles sont généralement prévues dans les zones de crêtes culminantes. Personne ne peut prétendre qu’elles pourraient s’intégrer au paysage. Il n’y a qu’à prendre conscience de la différence d’échelle : les plus grands sapins atteignent rarement une vingtaine de mètres sur les crêtes exposées.

Cessons de confondre ces machines gigantesques avec des pylônes ou des moulins à vent. Les dégâts collatéraux annoncés par les promoteurs eux-même en disent long : les 18 éoliennes en projet au Grand Coeurie nécessiteraient chacune la construction d’une route de 4 à 5 mètres de large, le transport de 18’000 tonnes de béton et de pas mal de ferraille. Soit 5000 passages de camions(6). L’endroit serait définitivement dénaturé et facile à dézoner. Quant à la faune et à la flore, elles subiraient de nouvelles et graves pressions écologiques qu’on n’a pas encore pu décrire avec précision.

Et le tourisme ?

Dans son message de félicitations du 29 juin dernier aux villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle à l’occasion de leur inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO, la Fédération suisse pour l’aménagement et la protection du paysage a exprimé son admiration pour la façon dont le décret cantonal sur la protection des crêtes a su préserver le cadre naturel des deux villes, qui « ne se dévoilent aux regards des visiteurs qu’au dernier moment, comme brusquement surgies d’un océan de verdure ou de blancheur, selon les saisons ». Or il se trouve que La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont particulièrement menacées par les projets actuels puisque, chez nous, le principe défendu en France des 30 à 40 kilomètres d’intervalle entre deux sites éoliens n’est même pas évoqué.

Les Amis du Mont-Racine sont bien placés pour savoir que les projets éoliens font planer une menace grave sur l’attractivité du canton de Neuchâtel : nos crêtes protégées drainent chaque semaine des dizaines de promeneurs et de touristes venus souvent de loin, tous amoureux de nos magnifiques panoramas. En 2003, le Département fédéral de l’environnement, des transports de l’énergie et de la communication déclarait : l’attractivité de la Suisse repose essentiellement sur son paysage unique. 83 % des étrangers et 76 % des Suisses donnent la nature et le paysage comme le motif de leurs voyages dans notre pays.

Enfin, n’oublions pas que la Suisse toute entière sera tenue dans un avenir proche à une réflexion globale sur ses paysages, si elle veut pouvoir ratifier la Convention européenne sur la protection du paysage signée en 2000(7). Souhaitons que le canton de Neuchâtel ait encore quelque chose à défendre.

 Association des Amis du Mont-Racine, La Chaux-de-Fonds, le 31 août 2009

  1. Agefi – 24.08.09
  2. Office fédéral de l’énergie (OFEN) – Statistique suisse de l’électricité 2008
  3. Swiss-eole/eole-info 0ctobre 2008
  4. Office fédéral de la Statistique 2009
  5. Agence suisse pour l’efficacité énergétique (SAFE)– 22.02.07
  6. Séance d’information menée le 14 mai à Rochefort avec les représentants d’Alpine Wind
  7. Voir l’interpellation d’Erika Forster Vanini au Conseil des Etats du 18 mars 2009.

 

Association des Amis du Mont-Racine